Durant la nuit, je suis réveillée.
Il y avait de superbes éclairs qui zébraient le ciel sombre de la nuit. Un orage en bonne et dûe forme s'abattait sur le village. Je n'ai pas l'habitude de dormir avec les rideaux fermés en France, tant la vue est belle au réveil. De toute façon, je n'ai pas de rideaux dans ma chambre

Je me rendors en me disant que ça fera du bien à la nature et qu'au moins comme ça je ne vais pas devoir arroser le jardin.
Le lendemain matin, nous voici paré. On a revêtu Arnaud et moi nos deux nouveaux cirés, ceux prévus pour faire les vendanges. Ils ne sont non pas rouge mais vert. Bref, l'idéal pour se confondre avec la nature! Il fait humide mais un grand soleil nous éclaire. C'est une journée qui commence bien.
Je retrouve mon oncle, qui ne peut s'empêcher de rouspéter en disant que nos cirés sont trop beaux pour aller pêcher. Je réplique qu'ils ont été acheté pour être utilisé. Na!
On remonte toujours au même endroit, je me mets à l'avant du bateau pour regarder dans l'eau si je ne vois pas des poissons. Mais, en réalité, c'était surtout pour indiquer à mon oncle les endroits les plus profonds. Son moteur ayant un système d'aspiration d'eau pour refroidir le moteur, il s'agit à ce qu'il n'aspire pas de sable, sinon, c'est bon pour un petit tour chez le réparateur.
On se faufile entre les bancs de sables, les rochers au fond et au bord de l'eau, on se courbe lorsqu'on passe sous une arbre aux branches pendantes. La nature est si belle! Je peste quand même une ou deux fois en voyant des bouteilles de verres dans le sable au fond de l'eau.
Et enfin on arrive, et on commence à pêcher.
Je discutaille avec mon oncle pour le convaincre d'utiliser un poisson nageur qu'il a acheté sur mes conseil, un bevy shad de lucky craft. Sa réponse est catégorique, c'est non et il reste sur sa cuillère Suissex n°3 argentée. Je me dis en moi-même, tu vas voir mon vieux qui sera le meilleur!
Arnaud s'arme d'un poisson nageur plongeant. Il a jeté son dévolu sur celui-là. Il est tout jaune à dos noir. En réalité, il a pris celui-là parce qu'il ne m'avait coûté que 2€ et comme il débute, il a peur de perdre mes leurres de 15-20€.
Moi, je reste sur mon be freeze clown...Il avait donné de bons résultats alors...pourquoi pas encore aujourd'hui?
On descend la rivière, on passe devant le coin "spécial brochet énorme de l'été". Rien, pas un atome de poisson :( On continue à descendre, Arnaud se débrouille comme il peut avec le lancer. Ce n'est pas évident quand on est gaucher, à 3 dans un bateau et qu'en plus, on débute. Mais ma fois, il se débrouille très bien.
Après avoir vu une vache pisser dans l'eau, des canards qui s'envolaient en faisant un potin d'enfer, des grenouilles qui plongeaient à notre passage, nous décidons de devenir sérieux et de pêcher comme il se doit tout en contemplant cette nature qui est si belle et si timide. Quel bonheur que de vivre les instants magiques de la nature. De voir les oiseaux rouspèter à notre passage, les branches qui touchent l'eau dans un mouvement aussi régulier que le balancier d'un horloge.
Rien à faire, Arnaud et moi, on est amoureux de la nature...
Quelques instants plus tard,après un beau coup le long d'un tas de branche sur le bord, Arnaud me dit: j'ai un poisson. Et il sort un belle perche. Son premier poisson avec un leurre geologic. Il est tout heureux et moi aussi. Lui qui disait qu'il ne savait pas pêcher et qu'il ne ferait jamais de poisson. Arnaud s'extasie devant le beau poisson qu'est la perche.
Et moi de me souvenir de mon premier poisson au lancer, un chevesne... Ce sont des moments qu'on n'oublie plus jamais et je vois en Arnaud un petit garçon tout heureux comme le sont les enfants devant les cadeaux de Noël.
On continue de pêcher le long de l'eau. Arnaud ou mon oncle, je ne sais plus, s'accroche dans les racines d'un arbre. On est parti pour aller le décrocher. Je les laisse se débrouiller à 2. Ils sont déjà en train de se chamailler à 2 alors ils n'ont pas besoin d'une troisième personne pour décrocher.
Je me dis que c'est le moment de tenter de prendre quelque chose. Je lance le long de ces fameuses racines, tout en restant courbée car j'ai les branches du saule qui me chatouille le cou et le visage. Je ramène le leurre et je vois arriver une belle zèbrée sur le leurre, et juste au bord du bateau, elle décide de mordre. C'est une belle grande perche.
On continue de descendre le cours d'eau, pour prospecter les coins... on prospecte surtout le bord de la rivière.
Je lance dans un coin près de la jussie (une saloperie aussi ça) et je sens une belle touche! Ca y est, j'ai un brochet... Il n'est pas bien grand, il fait 55cm. Il est superbe.

Mon oncle me voit toute tremblante... que voulez vous, l'adrénaline a été tellement intense, mon premier brochet de la saison que je sors de l'eau...
Le temps de me remettre de mes émotions, mon oncle et Arnaud ont recommencé à pêcher. Je me décide enfin à reprendre ma canne avec mon be freeze au bout. Il ressemble plus à un clown avec sa tête rouge et son corps blanc-argenté qu'à un alevin.
Je lance plusieurs fois, on est près du pont et je lance le long des herbes car je sais qu'il y a une concentration d'alevins. Aucune touche, rien... Je continue à pêcher et juste à côté du pont, il y a des rochers. Je lance mon leurre à cet endroit-là, et je me faufile à vue entre les herbes....et voilà que j'ai une touche! Ca tire, ça tire...ce n'est pas évident à maîtriser ça. C'est un brochet et il veut aller dans les herbes....
Mais moi, je ne veux pas, alors j'essaie de le ramèner vers moi. Et c'est alors qu'il veut aller sous la barque! NON pas ça! il va me casser la ligne! Je combats pour l'amener là où je veux. Ma canne est pliée et touche presque l'eau tellement l'effort est grand. Hop, je le ramène dans la zone libre entre la barque et les herbes. Il tente encore quelques échappée, il tire, il se rebelle et je finis par le fatiguer. Il était temps, sinon c'était moi qui craquait avant lui.
Victoire, un deuxième brochet à 10 minutes d'intervalle.

Il mesure 64cm... Je le croyais plus grand tellement sa force était impressionnante. Mais mais...Mon dieu qu'il est gros, obèse. J'en suis toute surprise. Il doit se gaver de petits alevins et de chevesnes.
J'ai les jambes qui tremblent comme des feuilles, je deviens blanche sous le coup de l'adrénaline. Mon oncle, inquiet, me demande avec une certaine intonation dans sa voix: "Tu n'es pas cardiaque quand même". Je trouve encore la force de lui dire non et de m'asseoir....
Je peux savourer cet instant magique, un instant que je n'avais plus vécu depuis 3 ans...
Bilan de la matinée: 2 brochets, 1 perche pour moi :cheers:
Une perche et premier poisson pour Arnaud :cheers:
Et rien pour mon oncle :twisted: ça lui apprendra de dire que je vois du brochet partout! Non mais dis donc! Et de ne pas vouloir mettre le bevy shad.
L'orage y etait-il pour quelque chose...Sans doute que ça avait excité les poissons. Malgré tout, on voyait une grande effervescence dans le monde aquatique.