Samedi, à l'Agora à Bonneville, une centaine de personnes étaient venues assister à la première réunion d'information sur la gestion piscicole de la truite en Haute-Savoie.
Département pilote pour sa gestion scientifique des populations de truites, la Haute-Savoie est un haut lieu de la pêche à la truite en France. Et pourtant, on sait encore peu de chose sur les truites elles-mêmes.
Du moins, on savait peu de chose car, depuis quelques années, la connaissance progresse. « Nous commençons à avoir beaucoup de résultats, notamment grâce à notre collaboration avec l'Inra à Thonon » explique Pascal Vaudaux, président de la commission technique de la fédération départementale de pêche. « Mais les pêcheurs ne sont pas vraiment au courant de ce que nous faisons et il devenait nécessaire de les informer de nos dernières découvertes. »
Première découverte, les analyses génétiques de plus de 2000 poissons ont permis de mettre en évidence six populations autochtones de truite fario "méditerranéenne".
Les Dranses, les Usses, le Fier/Fillière, le Chéran, le Borne et la Chaise sont peuplées de truites ayant colonisé naturellement ces cours d'eau et parfaitement adaptées à leur milieu.
Pour les techniciens de la fédération, il est primordial de protéger ces truites autochtones en stoppant les repeuplements de truites fario de souche atlantique et même de souche méditerranéenne.
« Plus un poisson est adapté à son milieu, plus la population sera dynamique et plus on aura de poissons dans la rivière » commentait Franck Margas, vice-président de la fédération.
D'autant que les repeuplements (alevinages) sont loin d'être tous justifiés. Les études montrent que 80 % d'entre eux sont inutiles, soit parce que la population de truites sauvages est suffisamment dynamique, soit que le milieu est inadapté à la truite.
Ainsi, pour obtenir un poisson pêchable (+ de 23 cm) dans la Diosaz, à Servoz, où les repeuplements sont utiles, il faut introduire en moyenne une vingtaine d'alevins. Dans le Nom, à Thônes, 10 suffisent, mais dans le Giffre, il faut en introduire 355, car la mortalité y est plus forte.
Dans le Bon Nant (Les Contamines-Montjoie, Saint-Gervais), le chiffre passe à 581 et il en faut 3 143 dans le Thy, ce qui rend le coût de l'opération aberrant. Et on ne parle pas de la Laire, où l'opération se fait en pure perte.
« Quand on ne fait pas d'introduction, les pêcheurs locaux croient qu'on ne fait rien » commente Pascal Vaudaux.
« En fait, nous souhaitons simplement concentrer nos efforts là où c'est vraiment utile et efficace. »
Stéphane BOUCHET
Paru dans l'édition E74 du 24/11/2009 (d8f72de8-d78e-11de-8b42-0c90530ea7cd)
http://www.ledauphine.com